Gigafactory ACC : un fiasco à 3,5 milliards d’euros payé par les contribuables ?

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Le rêve d’une souveraineté industrielle européenne dans le domaine des batteries pour voitures électriques semble sérieusement compromis. À Douvrin, dans le nord de la France, l’usine d’ACC (Automotive Cells Company), financée à coups de milliards par l’État et l’Union européenne, peine à produire et encore moins à convaincre. L’entreprise, fruit d’un partenariat entre Stellantis, TotalEnergies et Mercedes, est aujourd’hui incapable de fournir correctement… son seul client.

Douvrin : l’usine de batteries d’ACC face à un décollage plus difficile que prévu

Pensée comme un symbole de la renaissance industrielle européenne, la gigafactory d’Automotive Cells Company (ACC), implantée à Douvrin dans le Pas-de-Calais, traverse une phase délicate.

Ce projet présenté comme « l’Airbus des batteries » devait incarner la souveraineté énergétique du continent.

Deux ans après sa mise en service, la montée en puissance s’avère plus lente que prévue, sur fond de tensions technologiques et de marché incertain.

Une montée en cadence laborieuse

L’usine, inaugurée en 2023, produit ses premiers modules destinés principalement à Stellantis.

Si la production a bien démarré, les volumes restent encore modestes. ACC reconnaît que la montée en cadence se fait de manière progressive pour assurer la stabilité des procédés et la qualité des cellules.

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Les objectifs de production initiaux ont été réévalués, le temps de fiabiliser la chaîne industrielle et de former les nouvelles équipes.

Dans le contexte mondial de la batterie, où la concurrence asiatique produit déjà à grande échelle et à bas coût, les usines européennes doivent franchir une étape critique.

Elles doivent passer du stade de démonstration à la production industrielle compétitive.

ACC n’échappe pas à cette réalité. L’entreprise a mis en place des contrôles qualité renforcés, ce qui ralentit temporairement les cadences, mais reste indispensable pour garantir la fiabilité des produits livrés aux constructeurs.

Des coûts encore élevés, mais des perspectives solides

Comme la plupart des jeunes gigafactories européennes, ACC fait face à des coûts de fabrication plus élevés que ses concurrents asiatiques.

Les salaires, l’énergie et les matériaux pèsent lourdement sur le prix de revient des cellules. Pour y remédier, le groupe travaille à automatiser davantage les processus et à rationaliser la production à mesure que les volumes augmenteront.

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Malgré ces difficultés de départ, la direction se montre confiante. Les investissements déjà réalisés représentent plus de 3 milliards d’euros au total, soutenus par la France, l’Allemagne et l’Union européenne.

Ils permettront à l’entreprise de se stabiliser dès que la deuxième ligne de production sera pleinement opérationnelle.

La montée en cadence doit s’étendre jusqu’en 2026, avec l’objectif d’atteindre une production annuelle équivalente à plusieurs centaines de milliers de batteries.

Une diversification technologique en préparation

Pour accompagner l’évolution du marché, ACC prépare déjà la prochaine étape : l’introduction de nouvelles chimies de batteries.

Outre la technologie NMC (nickel-manganèse-cobalt) actuelle, l’entreprise prévoit de développer des cellules LFP (lithium-fer-phosphate) plus économiques et adaptées aux modèles d’entrée de gamme.

Ce virage technologique, en phase avec la demande européenne, vise à réduire les coûts tout en renforçant la compétitivité face aux acteurs chinois déjà bien implantés.

Ce choix s’inscrit également dans une logique d’adaptation stratégique : les constructeurs souhaitent diversifier leurs sources d’approvisionnement et sécuriser leurs volumes face aux incertitudes du marché mondial.

L’arrivée de cette nouvelle génération de batteries est attendue pour 2026-2027.

Un projet stratégique pour l’Europe

Malgré les obstacles, ACC demeure un projet essentiel pour l’industrie automobile européenne.

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Les actionnaires Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies continuent d’y voir une pièce maîtresse de la stratégie d’indépendance énergétique du continent.

Les enseignements tirés de cette première phase de production serviront aux futures gigafactories du groupe, en Allemagne et en Italie.

Si la phase actuelle est marquée par des ajustements et des retards, l’enjeu dépasse largement le seul cas de Douvrin.

Il s’agit de poser les bases d’une filière européenne durable des batteries, capable de rivaliser avec l’Asie et de soutenir la transition vers l’électromobilité.

L’ambition reste intacte, même si le chemin vers la rentabilité et la pleine autonomie technologique s’annonce plus long que prévu.