L’automobile européenne traverse une période de bouleversements majeurs. Les défis sont réels: électrification, coûts de production, concurrence asiatique, mais parler d’« extinction » ou d’« effondrement » relève davantage du registre dramatique que de l’analyse économique. Le secteur connaît une mutation profonde, non une disparition.
Un contexte tendu, mais pas apocalyptique
Depuis la pandémie, les ventes de voitures neuves en Europe ont baissé d’environ 18 % entre 2019 et 2022, selon l’ACEA (Association des constructeurs européens d’automobiles).
Cependant, depuis 2023, la tendance repart légèrement à la hausse grâce à la stabilisation des chaînes d’approvisionnement et au regain du marché électrique.
Les coûts de production ont effectivement augmenté : énergie, matières premières, salaires, mais la hausse moyenne est estimée à 25–30 %, pas 40 %.
Enfin, la part de marché des constructeurs chinois dans les véhicules électriques est proche de 9 à 11 % en 2025, une progression réelle mais encore loin d’une domination totale.
Ces données confirment une pression forte sur les constructeurs européens, sans pour autant valider le scénario d’un effondrement généralisé.

Les marques dites « condamnées » : des situations contrastées
Plusieurs marques connues sont citées :
- DS Automobiles : la marque de Stellantis reste fragile, mais elle n’est pas en faillite. Elle vend environ 50 000 véhicules par an, notamment en France et en Chine, et prépare une gamme électrique (DS 4 E-Tense, future DS 8). Les difficultés sont réelles, mais parler de « coquille vide » est excessif.
- Lancia : après des années de quasi-disparition, la marque prépare son retour européen dès 2024–2025 avec la nouvelle Ypsilon électrique. Elle bénéficie d’investissements de Stellantis, preuve qu’elle n’est pas abandonnée.
- Infiniti : a bien quitté l’Europe en 2020. Aucune relance n’est prévue à court terme, ce qui rend la description de « marque morte » plutôt exacte.
- Alfa Romeo : la marque italienne renaît avec le Tonale et un futur SUV électrique prévu pour 2025. La stratégie est prudente, mais Stellantis confirme la poursuite de ses investissements.
- Jaguar : la marque est effectivement en phase de transition vers le 100 % électrique à partir de 2025, avec repositionnement sur le haut de gamme. Risqué, mais pas suicidaire : c’est une restructuration volontaire.
- Maserati : connaît une baisse de ventes mais conserve une place dans le segment du luxe sportif, avec les MC20 et GranTurismo Folgore électriques.
- Nissan Europe : continue d’investir à Sunderland (Royaume-Uni) pour produire les nouveaux modèles électriques Leaf et Qashqai EV. L’idée d’un retrait complet est infondée.
- Chrysler : quasi inexistante en Europe, effectivement. Le diagnostic de « marque fantôme » est justifié.
Stellantis : entre rationalisation et diversification
Le groupe, issu de la fusion PSA–FCA, traverse une phase de consolidation.
Contrairement à ce qui est affirmé, Stellantis affiche encore une rentabilité solide (marge opérationnelle supérieure à 10 % en 2024) et une trésorerie nette positive.
Il doit certes rationaliser ses 14 marques, mais le scénario de démantèlement n’est soutenu par aucune donnée officielle.

Un leadership remis en question, pas perdu
L’Europe a perdu de sa suprématie historique, notamment face à la Chine, qui propose des véhicules électriques abordables et performants.
Cependant, les marques européennes comme Volkswagen, BMW, Mercedes, Renault, Stellantis, investissent massivement dans la transition énergétique et les gigafactories.
L’avenir s’écrit dans la réinvention, pas dans la disparition.
L’industrie automobile européenne se transforme sous la pression écologique, économique et technologique, mais conserve un savoir-faire, un réseau industriel et une capacité d’innovation de premier plan.
Un bilan nuancé
Les difficultés structurelles sont réelles : surcapacité, concurrence asiatique, mutation électrique.
Les annonces de disparition massive sont exagérées et non corroborées par les faits actuels.
Plusieurs marques fragiles (DS, Lancia, Alfa Romeo, Jaguar) sont en reconstruction, pas en liquidation.
Stellantis reste rentable et engagé dans une stratégie d’adaptation.
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