L’industrie automobile européenne traverse une crise de confiance. Stellantis, géant du secteur, semble accumuler abandon de projets, reculs stratégiques et frilosité face à l’innovation.
Conduite autonome : l’ambition STLA AutoDrive abandonnée
Début 2025, Stellantis présentait fièrement sa technologie de conduite autonome niveau 3, baptisée STLA AutoDrive : capable de gérer seule la conduite jusqu’à 60 km/h de jour comme de nuit.
Quelques mois plus tard, le projet est mis en suspens. Les raisons évoquées sont multiples : coûts élevés, défis technologiques et faible demande du marché.
Bien que la technologie existe, sa commercialisation est aujourd’hui reportée sine die.

Parades annulées : la stratégie vacille
Cette volte-face n’est pas un cas isolé :
- Le programme hydrogène a disparu des priorités ;
- La supercar électrique Maserati MC20 a été annulée ;
- Les mégafactories prévues en Allemagne et en Italie sont suspendues ;
- La plateforme Giorgio (Alfa Romeo/Maserati) est remplacée par STLA ;
- Le plan “Dare Forward” visant une transition 100 % électrique en 2030 est purement abandonné.
Tout cela représente des investissements colossaux sans retour tangible, creusant l’incertitude chez les actionnaires (dont la confiance est elle aussi en baisse) ; l’action Stellantis a chuté de près de 40 % en 2025.
Alfa Romeo en mode bricolage accéléré
Les futurs Stelvio et Giulia, prévus initialement en 100 % électrique dès 2026, sont désormais retardés à 2027 pour y intégrer des versions hybrides.
En attendant, Alfa Romeo prévoit de ressusciter le concept Experimental d’Opel pour produire un modèle bricolé, censé combler l’absence de sortie planifiée… révélateur d’une stratégie à court terme.

Opel aussi reporte l’électrique
Opel, qui promettait une gamme 100 % électrique d’ici 2028, a officiellement revu ses ambitions.
La marque adopte désormais une stratégie multi-énergies, hybrique et hybride rechargeable, pour ses prochains modèles Corsa et Astra, prévus entre 2027 et 2028.

BYD surclasse Tesla en Europe
À l’international, l’agenda est bouleversé : en juillet 2025, BYD a vendu 13 503 véhicules en Europe, contre seulement 8 837 pour Tesla, une baisse de 40 % sur un an.
Sur la période janvier–juillet, Tesla recule de 33 % tandis que BYD explose avec une croissance de 290 %. Cette dynamique porte BYD à une part de marché de 1,2 % contre 0,8 % pour Tesla en juillet.
BYD semble tirer profit de son offre diversifiée, intégrant hybrides rechargeables et modèles électriques accessibles, séduisant ainsi une clientèle européenne de plus en plus sensible aux prix et à la flexibilité.

L’électrique stagne en Europe
Selon l’ACEA, la part des véhicules 100 % électriques reste stable autour de 15,6 % du marché européen des voitures neuves, sans réel mouvement à la hausse malgré les discours.
Quant aux hybrides rechargeables, ils gagnent du terrain avec une croissance marquée, notamment en France, Espagne, Allemagne et Italie (jusqu’à +58 % en Allemagne en juillet).
Le parc vieillit : un signal alarmant
L’âge moyen des véhicules continue d’augmenter :
- France : 12 ans
- Belgique : 10 ans
- Espagne : 14,5 ans
- Pologne : 16 ans
- Moyenne UE : 13 ans, contre 10 ans il y a dix ans.
Ce vieillissement s’explique par des prix trop élevés, un scepticisme persistant et une confiance limitée dans l’électrique.
Une industrie sans vision claire
Entre projets abandonnés, orientations brouillonnes, concurrence chinoise en forte progression, marché européen frileux et parc vieillissant, l’automobile en Europe, et plus particulièrement Stellantis, patauge dans l’incertitude.
Le retour à l’hybride survient par nécessité, mais met en lumière un manque de planification stratégique à long terme. Pendant ce temps, la Chine avance à toute vitesse.
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