Nouvelles alliances, désindustrialisation progressive, arbitrages stratégiques et incidents spectaculaires : Renault, Dacia, Stellantis et Kia se retrouvent au centre d’une recomposition sous forte contrainte. L’Europe doit désormais faire face à des coups de boutoir extérieurs, notamment chinois dans un contexte très exigeant.
Renault et Chery : une alliance hors d’Europe ?
L’idée d’un rapprochement entre Renault et le constructeur chinois Chery est avancée par certains médias, qui évoquent des discussions autour d’une co-production voire d’une association dans les pays d’Amérique latine.
Des sources rapportent que Chery pourrait fournir des développements techniques tandis que Renault offrirait des capacités industrielles et un réseau de distribution. (Cela dit, les échanges restent en phase exploratoire).
Dans ce scénario, certains modèles à coût maîtrisé produits via la technologie chinoise pourraient être badgés Renault dans certaines régions, et Chery pourrait obtenir une participation dans les activités électriques de Renault.
Mais aucune validation officielle n’est encore confirmée, et plusieurs détails (localisation, volumes, gouvernance) demeurent à l’étude.
Cette orientation illustrerait un changement de posture : Renault qui pivote vers des modèles ou des alliances hors du périmètre européen strict pour compenser les contraintes de son marché domestique.
Cependant, il est prudent de considérer ces informations comme des pistes stratégiques plutôt que des certitudes.

Production automobile en France : le recul industriel ?
Le constat d’une baisse relative de la production française est souvent évoqué.
Certaines études indiquent que la part de la France dans la production automobile en Europe a diminué, plaçant le pays parmi les plus faibles producteurs, derrière des nations comme l’Espagne ou la République tchèque.
Mais attention : les chiffres précis varient selon les instituts, les définitions (usines, production complète ou assemblage partiel) et les périodes retenues.
Le flux de montages partiels ou de composants à l’étranger rend les comparaisons sensibles.
De plus, la part de véhicules vendus en Europe mais produits hors d’Europe (Maroc, Turquie, etc.) est bien réelle, une tendance de fond déjà constatée ces dernières années.
Ainsi, si la France perd du terrain en volume relatif, elle conserve certains atouts : des compétences d’ingénierie, des centres de design, des chaînes de valeur stratégiques.
Le danger réside davantage dans l’érosion progressive des plates-formes industrielles complètes que dans un effondrement soudain.
Stellantis et Free2Move : recentrage confirmé
L’idée que Stellantis envisage de céder sa filiale de mobilité urbaine Free2Move est aujourd’hui évoquée par plusieurs médias.
Le groupe examinerait des acheteurs potentiels dans le contexte d’une restructuration centrée sur les activités automobiles essentielles.
Le projet est encore à un stade préliminaire, rien n’est décidé. (La cession permettrait de dégager des ressources pour renforcer les gammes principales ou financer des investissements dans les marchés moteurs.)
Ce possible recul dans les services de mobilité marque une clarification des priorités : au moment où les marges des activités traditionnelles sont sous pression, Stellantis semble vouloir concentrer ses efforts sur les segments les plus rentables.

Désindustrialisation locale : des territoires menacés
Des villes fortement intégrées à l’industrie automobile ressentent déjà l’impact.
À Ingolstadt, la forte contraction des marges d’Audi a décimé les revenus fiscaux municipaux : plusieurs dizaines de millions d’euros seraient en jeu, poussant à des gel des investissements et restrictions budgétaires locales.
Ce cas, même s’il ne peut être systématiquement généralisé, illustre les fragilités d’écosystèmes territoriaux souvent dépendants d’un seul constructeur ou cluster industriel.
L’effet domino touche les fournisseurs, les commerces, les services publics et l’emploi local.
L’Europe se défend (ou tente de le faire)
Face à l’accélération des importations et à l’ascension des constructeurs non européens (notamment chinois), la Commission européenne prépare des mesures de riposte. Deux leviers sont évoqués :
- La création d’un segment de véhicules « plus accessibles » soumis à des normes allégées pour relancer la production de modèles peu coûteux en Europe.
- Une restriction potentielle des aides à l’achat aux véhicules produits dans l’UE: un outil protectionniste, mais justifié par l’impératif de préserver l’emploi industriel local.
Ces mesures traduisent une prise de conscience d’un déséquilibre : l’Europe ne peut plus laisser le terrain du prix aux concurrents externes sans réagir.

Faraday : un prototype incendiaire, un symbole d’extrême tension
Dans un autre registre, la startup Faraday Future a vu un prototype électrique exploser dans ses locaux à Los Angeles, provoquant d’importants dégâts structurels, sans faire de blessé.
L’origine probable est un court-circuit, possiblement dans le circuit 12 V ou les installations électriques de l’exposition.
Le véhicule incriminé était un modèle de démonstration, et la firme indique qu’il ne se confond pas avec ses véhicules de production.
Cet incident spectaculaire ne signe pas la fin de Faraday, mais il rappelle les risques technologiques, les promesses non tenues et les fragilités criantes des acteurs émergents.
L’Europe à la croisée des chemins
Reste à voir si ces tendances déboucheront sur une renaissance industrielle ou une redéfinition contrainte des ambitions européennes, une redéfinition dictée autant par la contrainte que par le choix.
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