Le Grand Prix de Monza 2024 restera dans les mémoires, non pas seulement pour la victoire italienne, mais pour les propos de Lewis Hamilton. Le septuple champion du monde n’a pas parlé de tricherie. Il a parlé d’un “étouffement stratégique” orchestré, selon lui, par Ferrari. Tout dans les règles, mais tout contre lui.
Une accumulation de micro-décisions
Hamilton n’accuse pas Ferrari d’avoir violé le règlement. Ses critiques portent sur une série de petites décisions, toutes légales, qui combinées auraient ruiné sa course. Parmi les exemples qu’il avance :
- Un rythme de Leclerc calculé pour l’empêcher de tenter l’undercut,
- Des phases passées dans l’air sale de Sainz, provoquant la surchauffe de ses pneus,
- Des fenêtres de ravitaillement obstruées par le trafic,
- Des sorties des stands synchronisées pour gêner ses relances.
Isolées, ces actions ne valent pas sanction. Ensemble, selon Hamilton, elles forment un plan millimétré destiné à le neutraliser.

Le rôle des deux Ferrari
Dans le récit du pilote Mercedes, les rôles étaient clairs. Charles Leclerc aurait bénéficié d’une course “propre”, protégée, avec un rythme géré et une stratégie fluide.
Carlos Sainz, en revanche, aurait servi de “barrage mobile”, ralentissant le peloton, créant des trains de DRS et générant de la turbulence pour perturber Hamilton.
Ferrari rejette toute idée de manœuvre ciblée. L’écurie parle de simple gestion d’équipe, avec l’objectif de maximiser ses chances de victoire à domicile. Rien n’a été jugé illégal par les commissaires, et aucune plainte formelle n’a été déposée.
Une chronologie contestée
Selon Hamilton, la mise en place a commencé dès les qualifications. À Monza, l’aspiration est cruciale. Ferrari aurait orchestré les tours lancés pour placer Leclerc dans des conditions optimales, tandis que lui se retrouvait piégé dans le trafic.
En course, les étapes se seraient enchaînées :
- Leclerc maintenant un rythme “ni trop rapide ni trop lent” pour bloquer tout undercut.
- Sainz ralentissant à certains moments stratégiques, créant un effet d’accordéon derrière lui.
- Mercedes contrainte de ravitailler tôt, ressortant dans le trafic.
- Et un concurrent libéré juste devant Hamilton lors de sa relance, neutralisant ses pneus neufs.
Une succession d’événements légaux, mais tous défavorables au Britannique.

De la stratégie au soupçon de manipulation
Est-ce vraiment inédit ? Pas totalement. En Formule 1, le “jeu d’équipe” est courant : protéger un leader, gérer les fenêtres de pneus, ralentir un adversaire, orchestrer les arrêts. Cela fait partie de l’arsenal tactique.
La nouveauté, c’est l’insistance de Hamilton à présenter ces actions comme un système concerté.
Pour lui, la frontière entre stratégie brillante et manipulation subtile devient trop floue. Il appelle la FIA à s’emparer du sujet : mieux encadrer l’utilisation de l’air sale, limiter certaines tactiques de sortie des stands, ou renforcer la transparence des ordres d’équipe.
Une question de perception
Pour Ferrari, Monza a simplement montré une équipe parfaitement exécutée, capable de tirer profit de ses deux pilotes et des circonstances.
Pour Hamilton, c’est l’exemple d’une course perdue non pas par manque de performance, mais à cause d’un plan “anti-Mercedes” construit pas à pas.
Au fond, ce débat illustre l’essence même de la F1 moderne : une discipline où la bataille se joue autant sur la piste qu’en coulisses, dans ces zones grises où l’intelligence tactique peut peser autant que la vitesse pure.
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