Les expérimentations automobiles pionnières des années 1930 et 1940 sont à l’origine d’un format automobile aujourd’hui obsolète : le monospace. L'innovant Stout Scarab (1936) a introduit un concept radical de cockpit modulaire avec des sièges configurables autour d'une table centrale et un accès par porte latérale. Plus proche dans le temps, le monospace émerge dans les années 80 avec deux modèles emblématiques qui définissent le segment. En 1983, Chrysler révolutionne le marché nord-américain avec la Dodge Caravan et la Plymouth Voyager. Un an plus tard, en 1984, Renault lance l'Espace en Europe, développé en collaboration avec Matra.
Toutes les marques ont adopté le format qui est devenu la voiture préférée des familles. Cependant, les choses ont changé et, en Europe, la domination du SUV est écrasante : des modèles comme le Renault Scénic, l'Opel Zafira ou le Citroën Picasso, qui dominaient le segment familial, ont été remplacés par des formats plus hauts et plus esthétiques comme le Nissan Qashqai au milieu des années 2000. Or, selon Vidal, l’électrification pourrait inverser cette tendance.
La mini-fourgonnette est de retour, désormais évolution du SUV électrique
Gilles Vidalqui a annoncé son départ du poste de directeur du design du groupe Renault pour rejoindre Stellantis, reflété dans une interview à Entraîneur, sur l'évolution de la typologie automobile : après deux décennies de domination du marché européen, les SUV pourraient perdre de leur pertinence avec l'arrivée de l'électrification. C'est la résurgence du monospace, plus performant et avec les mêmes caractéristiques d'habitabilité.
“Les SUV ont gagné la bataille parce que les mini-fourgonnettes étaient des voitures nécessaires, mais pas souhaitables. D'un autre côté, les SUV avaient le même poids et le même moteur, mais avec une forme qui les rendait attrayants”, reconnaît Vidal. Il constate cependant un changement critique de perception : “Les SUV sont désormais critiqués, même s'ils polluent de la même manière ; c'est un tournant social très étrange.”
Selon Vidal, l'architecture électrique nécessite de maximiser l'aérodynamisme et l'efficacité, ce qui pourrait favoriser des silhouettes plus basses et plus stylisées, traditionnelles des mini-fourgonnettes, sans renoncer à l'espace intérieur. Cette transition favoriserait les véhicules ayant une plus faible résistance au vent, une meilleure efficacité énergétique et une meilleure autonomie, sans sacrifier l’habitabilité.
La formule qu'il propose : d'un côté, les SUV ont évolué vers des propositions plus aérodynamiques, et de l'autre, le retour tant attendu du monospace, cette fois sous un design moderne et émotionnel. « Je vois deux tendances : des SUV super efficaces et un grand retour des monospaces les plus attractifs et les plus désirables », explique Vidal.

Le prototype Emblème démontre la nouvelle évolution
Renault commence déjà à concrétiser cette vision avec le concept-car Emblème, qui anticipe un véhicule électrique de nouvelle génération entre SUV, berline et monospace. Il présente une hauteur réduite, des lignes épurées et une silhouette stylisée axée sur l'efficacité énergétique et l'esthétique émotionnelle.
Avec ce modèle, la marque française réaffirme son engagement en faveur de designs innovants qui ne relèvent pas de la science-fiction : « Nous voulons des voitures émotionnelles, avec de la personnalité et peut-être plus classiques, mais sans perdre en innovation », déclare Vidal.
Même s’il estime que les minifourgonnettes ne seront pas nécessairement plus légères ni ne consommeront beaucoup moins d’énergie que les VUS, leur meilleur aérodynamisme leur donnerait un avantage. “Il ne s'agirait pas de voitures plus légères ou avec une consommation moindre ; peut-être juste un peu plus efficaces dans leur forme”, précise-t-il.
Vidal souligne que le langage visuel est basé sur l'efficacité sans renoncer à l'émotion : courbes généreuses, détails technologiques et cohérence entre héritage et modernité. L'emblème incarne cette vision en la traduisant dans le langage du design écologique, où l'aérodynamisme et l'esthétique se conjuguent avec la rentabilité environnementale.
Les critiques croissantes envers les SUV sont attribuées, selon Vidal, à une contradiction sociale : les SUV apparents, hauts et lourds, sont remis en question, tandis que des aspects similaires dans les mini-fourgonnettes passent inaperçus. “Il est curieux que personne ne critique les monospaces, pourtant tout aussi polluants”, estime Vidal.

C’est un moment clé : les attentes des clients changent et les constructeurs qui se concentrent sur l’efficacité, le design émotionnel et la praticité pourraient être à la pointe de la prochaine étape de l’automobile.
Pour Gilles Vidal, nous sommes face à un tournant. La domination des SUV a été réelle et puissante, mais l’électrification et la demande d’efficacité pourraient céder la place à une nouvelle génération de véhicules combinant l’aspect pratique de l’espace avec une esthétique plus aérodynamique et désirable.
Vidal anticipe deux voies : des SUV redéfinis pour une époque plus efficace et une possible résurgence du monospace, renouvelé, émotionnel et fonctionnel. L’avenir de l’automobile réside dans un design intelligent, durable et émotionnel. Et dans cet avenir, la mini-fourgonnette pourrait retrouver son trône par rapport au SUV, mais cette fois avec une batterie et son propre style.
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